La tradition au service de l’équitation
La démarche de ces fermiers n’a rien de philanthropique. Non ! Ce n’est pas non plus par nostalgie des moissons « comme dans le temps » mais c’est pour un débouché bien particulier : le marché de la paille haute densité plus rentable que la paille ordinaire. Derrière cette appellation technique, se cache le principal atout de la méthode de moisson à l’ancienne : la paille ainsi récoltée reste entière et longue, avec des tiges d’un mètre de long environ. Et ce produit de qualité est particulièrement recherché par les propriétaires et entraîneurs de chevaux réputés de Chantilly, Maisons-Alfort, Lamorlaye..., soucieux de fournir à leurs cracks les meilleures litières de paille.
La demande étant là, plusieurs agriculteurs d’Haverskerque se sont lancés dans l’aventure, comme à Saint Floris, Calonne-sur la Lys et d’autres villages des bords de la Lys, et consacrent désormais une grande surface de culture à la moisson à l’ancienne, privilégiant la récolte de la paille au grain : Marcel Delannoy, Daniel et Guillaume Doublet, Christophe Quiret, Laurent Merchez, André Bourdon, Hervé Hennion sont de ceux-là.
Les principales étapes de la moisson à l’ancienne
Pour effectuer la moisson à l’ancienne, ils délaissent les grosses moissonneuses-batteuses au profit des anciennes moissonneuses-lieuses tout de même attelées au tracteur et non plus tirées par les chevaux comme jadis.

Ces machines font un travail spectaculaire : Après avoir été inclinées par les rabatteurs, sectionnées par une scie, les tiges de blé sont couchées sur un tablier roulant transversal qui les amène au pied de l’élévateur ; celui-ci les monte et les déverse ensuite sur une table de liage où elles sont finalement tassées et liées en gerbes. Le lieur mécanique des moissonneuses-lieuses est un outil extraordinaire qui sait doser le volume de la botte de céréales, l’entourer d’un lien grâce à une aiguille, faire un nœud solide, couper la ficelle avant qu’un verrou ne s’efface pour laisser passer la gerbe qui est expulsée par des éjecteurs.

Les bottes sont ensuite rassemblées manuellement et dressées par faisceaux de 9, prenant vaguement la forme d’une toiture de maison. On les appelle des « digeots » en patois ou des « stucks » en flamand ou encore des « cahouts ». Les bottes sèchent alors pendant une dizaine de jours environ.
Après le séchage, les bottes sont chargées sur de bons vieux chariots pour la dernière étape, la plus spectaculaire peut être, le battage, qui mobilise, après le 15 août, saisonniers et volontaires. Déchargement à la fourche et alimentation toujours à la fourche de la batteuse en bois, comme autrefois !
Une méthode exigeante mais généreuse
Sûr que les champs de blé d’Haverskerque avec leurs mottes de pailles disposées comme autrefois, sont plus jolis que les rouleaux ou les ballots modernes en forme de cube ! Quant à la paille, elle n’est pas cassée en petits morceaux comme avec les moissonneuses-batteuses ! Mais le résultat n’est obtenu qu’au prix d’un travail pénible pour les hommes qui s’affairent avec leurs fourches, autour de machines qui tombent souvent en panne, n’étant pas de toute première jeunesse. Il faut aussi beaucoup plus de temps pour effectuer la récolte : pour 7 hectares, il faut compter environ 3 à 4 jours à l’ancienne alors que le moissonneuse-batteuse moderne prend moins d’une journée. Mais ici, à Haverskerque, pour garantir une production de paille de qualité, on préfère à la vitesse, le travail bien fait, comme le précisait encore Marcel Blondel, en « bon artisan de la terre ».
Voir diaporama des photos de la moisson à l'ancienne chez André Bourdon